Actualité / suivi 

Cette page agit comme un blog , elle concentre tous les récits d'aventure à vélo de notre guide Alex, ainsi que les retours d'expérience de nos aventuriers. Ici vous aurez également la possibilité de suivre la progression de vos amis , famille ... embarquez dans l'aventure de l'un de nos packs à travers le monde.

Live tracking :

Vous souhaitez suivre la progression de vos amis en temps réel ? c'est possible grâce au système de tracker présent présent sur chaque groupe guidé.         

Prochain live: service indisponible

Avis et retour d'expérience :

North Cap 4000 à la conquête de l’extrême nord

Mis à jour : 1 janv. 2019

J'ai parcouru durant ma vie de cycliste des dizaines de milliers de kilomètres, vécu des dizaines d'aventures mais il y a des destinations qui par la simple évocation de leur nom, pousse à l'évasion la plus extrême et la plus folle de toute les épopées.

Le CAP NORD, je ne m'en doutais pas encore se révélera à moi comme la terre promise, objet de toute mes convoitises, au delà de tout les aléas!!!



Épique aventure où la nature semble maîtresse en ces lieux sauvages.


CHANGEMENT D'HORIZON, CHANGEMENT D'ASPIRATION, CHANGEMENT DE CAP, DIRECTION CAP NORD


Il y a des aventures qui voit le jour, un peu contre toute attente. C'est le cas de ma participation à la North Cap 4000 en cette année 2017.

Après une année 2016 en demi teinte achevée sur un abandon lors de ma deuxième participation sur la transcontinental race, je m’étais engagé sur une participation à la transcontinental race en duo cette fois-ci. Aspirant à plus de partage et plus de décontraction. Malheureusement les choses ne se passeront pas comme prévu .

Road trip Maroc

En effet à la suite d'un périple au Maroc en mars 2017 je constate la défection de mon binôme. Ce qui sonne pour moi comme un abandon, ne pouvant transformer mon inscription en duo en une inscription individuelle. Cette fin mars marque aussi la perte de notre père spirituel à nous tous,aventurier à vélo, Mike Hall le papa de la Transcontinental race nous quitte tragiquement sur les routes australiennes. Ce qui me plonge dans un sentiment profond d’incertitude et de réflexion en pleine reconversion professionnelle et pleine création d'ULTRA BIKE ADVENTURES.



Fléche veloccio 2017

Je participe avec cyclosportissimo, à la flèche Véloccio vécu dans la tourmente d'une rage de dent d’anthologie mais pourtant menée à son terme. Du moins jusqu'à la rencontre d'un îlot directionnel quelques mètres après avoir franchit la ligne d'arrivée qui me projeta violemment au sol .

Bilan hématome sur l'insertion quadricipitale qui m'obligea à un arrêt de plus de 4 semaines sans vélo.


Ruminant cet arrêt brutal et cette situation sans objectif estival, je n'aspire qu'à pouvoir remonter sur mon vélo ne serait ce que pour pouvoir faire quelques kilomètres. Début mai alors même que le diagnostic n'est pas encore tombé, les organisateurs de la North Cap 4000 ré-ouvrent les inscriptions à leur épreuve, je ne réfléchis pas, je m'inscris en solitaire à l'épreuve. Alors même que l'épreuve débute dans un peu plus de 2 mois et demi, je ne sais même pas si seulement je serais en mesure de pédaler plusieurs heures d'affilées. Finalement c'est le 18 mai que je peu enfin remonter sur le vélo, les résultats sont catastrophiques, et je m'étalonne sur l’ascension d'un Semnoz effectué en 1h15, très loin de mon record personnel.


Pour moi je vois en la North Cap 4000 la simple occasion de découvrir cette destination et me laisse à imaginer que j’atteigne la destination en une vingtaine de jours à raison de 200km/jour .


CAP NORD A TOUT PRIX

FLORENCE / CAP NORD , de la fournaise au froid glacial , de l'euphorie à la fièvre , un seul credo :

"Lève la tête ouvre les yeux"


Les derniers entraînements furent contre toute attente exceptionnellement prometteurs avec des résultats que je ne m'imaginais pas capable d'atteindre. Ainsi je me présente au départ de la North Cap le 29 juillet à Florence en Italie, que j'ai rejoins avec Alexandre Godin et sa femme, un participant français, rompu aux aventures à vélo en autonomie.


JOUR 1 Grand départ, j'entre dans la course:


Top départ à Florence

Nous prenons le départ le 29 juillet au matin avec un soleil déjà bien chaud et haut dans le ciel. La journée s'annonce longue pour notre remonté vers le nord de l’Italie .Très vite nous nous séparons pour suivre nos routes respectives.


Remontant vers Bologne les routes sont loin d’être plates mais les jambes sont très bonnes et les premières consultations de l'application sur mon téléphone qui me sert également de tracker GPS me permettent de constater que je suis en tête à l'entrée de Bologne où je marque un léger stop dans un Macdo.


Bologne marque également l'entrée dans la plaine du Po.

Pause fraicheur

La chaleur y est suffocante! Au delà des 40 degrés. A tel point que je suis forcé de multiplier les arrêts pour tenter de me rafraîchir. La platitude est hallucinante et la brume de chaleur masque toute la journée la perspective de mon rapprochement des Alpes. Cette progression semble interminable. Pourtant je parviens à atteindre l'entrée des Alpes en fin d’après midi, qui m'apporte une fraîcheur toute relative.

La nuit tombante me pousse à anticiper mes besoins alimentaires pour la nuit et je m’arrête un peu trop tardivement dans une boulangerie encore ouverte mais festive. Il commence à être tard et les éclaires commence à illuminer la montagne. J'arrive même dans une ville vers minuit où les rues sont trempées, mais il ne pleut plus, je l'ai échappée belle. Mais je continue et commence réellement à monter. Je tenais à m'éloigner le plus possible de cette ville afin de tenir les poursuivants à distance le temps de la nuit. Vers 1h du matin je commence à fatiguer et décide d'installer mon hamac en bord de route accroché entre deux arbres toujours sous la menace des orages environnants, pourtant je ne prends pas le temps de mettre ma bâche au dessus de mon campement pour me protéger de la pluie. Le temps d'une petite toilette et hop au dodo.

Pourtant une heure plus tard je serais rattrapé par la pluie et devrais mettre en urgence la bâche sur moi, posé à même le hamac.


JOUR 2 De bras de fer en bras de fer je prend la barre:

Je n'ai pas beaucoup dormi, sous la pluie cinglante qui tombait sur ma bâche en faisant un bruit du tonnerre ajouté au grondement de l'orage, qui grondait avec la montagne pour écho. Pourtant il est 5h30 et le jour se lève doucement la pluie a cessé et par chance je ne suis pas mouillé, je repousse les flaques qui se sont formées sur ma protection étanche installée à la hâte en pleine nuit et je peine à sortir de ce hamac qui fait office de petit nid douillé.

Une fois debout je m'active à me couvrir, il ne fait pas chaud et je tremble de tout mon corps. J’aperçois en contrebas sur la route deux cyclistes qui passent, équipés de sacoche de bike packing. Ils ne m'ont pas vu,je penserais premièrement que je me suis fait rattraper mais en consultant le tracker sur mon téléphone je m’aperçois qu'ils ne sont pas dans la course, après coup je saurais qu'il s'agissait en faite de participants à la transcontinental race qui croisent notre parcours très brièvement. Vers 6 heures je repars, la route est trempée et il se remet à pleuvoir légèrement, je continue à monter doucement et progressivement en direction de la partie italienne du col Brenner, col frontière avec l'Autriche. Je longe une petite rivière et traverse de temps à autres quelques villages, au caractère tyrolien. Le temps reste menaçant toute la matinée, quelques heures plus tard je me rends compte que je me suis pris au jeu de la compétition, moi qui ne voyais en ce périple qu'un défis personnel, m'imaginant faisant abstraction totale de mon classement, je suis entrain de scruter le traker gps avec attention. Un concurrent est devant moi avec quelques kilomètres d'avance (2/3 km tout au plus ) un certain Paolo Laureti, il a du me passer devant plus tôt dans la matinée avant que je ne sorte de mon hamac. Mais ma progression semble être plus efficace que la sienne, j'en veux pour preuve la distance entre nos deux points qui se réduit au fil des kilomètres.

A la sortie de Vipiteno, la route se dresse un peu plus sur la droite et je passe devant une station service. J'y aperçois le vélo de Paolo posé sur la façade, lui doit être entrain de se restaurer à l'intérieur. Je redouble d'efforts et essaie de faire en sorte qu'il ne me voit pas passer, je suis complètement dans la course, chasser le naturel, il revient au galop mais étrangement cela ne me pèse pas sur le moral pour le moment.... Est ce parce que je suis en tête de course? La route se dresse de façon beaucoup plus abrupte maintenant et la pluie qui n'a pas cessé depuis ce matin, redouble d’intensité. Mon téléphone entre mes doigts mouillés m'indique que Paolo est reparti et me suis à quelques encablures derrière. Alors que je monte je ne me rends pas compte tout de suite que mon pneu avant est crevé et je continue jusqu'à rouler sur la jante. Sous la pluie et face à la pente dépassant les 10% je suis obligé de m’arrêter pour réparer. Je n'ai pris que deux chambres à air et une boîte de rustine, il faut dire que je n'ai jamais crevé sur mes périples précédents, je suis parti confiant... j'essaie d'activer ma réparation pour repartir le plus vite possible mais le temps passe et je vois revenir Paolo, qui ralenti et s’arrête brièvement à ma hauteur pour me demander si ça va...

Je lui réponds que ce n'est qu'une crevaison et le remercie. Puis il repart, très vite dans la pente, il faut dire que la température n'est pas très élevée et on peu très vite se refroidir sous cette pluie tombante... je le vois s'éloigner puis disparaître. Enfin je repars en consultant le tracker pour voir où il est, mais mon téléphone a du mal à fonctionner avec la pluie et le tactile ne marche quasi plus, je le laisse sécher et continue... Après un bref arrêt à la frontière Italie/Autriche dans une station service vers 11h (première pause de la journée) je m'attaque à la longue descente vers Innsbruck, très roulante et peu pentue.

Innsbruck marque le premier check point de la course. Nous devons nous rendre au magasin Specialized center, situé en plein centre de la ville. La pluie a cessé et le soleil commence même à poindre dans l'horizon et sécher la route dans la descente.

Je traverse assez facilement la ville et tout aussi facilement je trouve ce fameux magasin vers midi, mais nous sommes dimanche et je trouve porte close. Je sais que je suis bien au bon endroit grâce à l'affiche de la North Cap qui est présente dans la vitrine. Alors que je dois valider mon passage à l'aide d'un tampon apposer sur mon carnet de passage je décide de valider mon passage via un selfie devant le magasin. Mais alors que j'avais rangé mon téléphone pour qu'il sèche, je me rends compte que non seulement il n'est pas sec mais surtout l'écran tactile ne fonctionne plus du tout. Impossible de faire quoi que ce soit. Je décide de l'éteindre mais ne pourrai plus le rallumer.

CP 1 Innsbruck selfie avec Paolo

Entre temps Paolo arrive, je suis surpris, moi qui le croyais devant...Nous discutons, lui explique mon problème de téléphone et nous faisons tout les deux un selfie devant le magasin. Pour moi cela valide mon passage au CP1.

Désormais le soleil brille et réchauffe l’atmosphère, je décide de me changer avant de repartir et passe en vêtements plus estival. Dans ma tête, ce problème de téléphone occupe pas mal mon esprit avant tout parce que sans téléphone je n'ai plus de tracker gps et sans tracker je risque d'être considéré comme inactif et disqualifié... Mais à ce moment là je pense encore qu'il doit encore sécher... Et je repars, avant Paolo qui termine de se changer.

Il est midi et demi et je dois prendre le temps de manger correctement car je n'ai réellement rien mangé depuis mon arrêt de la veille dans cette boulangerie... Pause station service, pause sandwich à la sortie de la ville.

Il fait chaud désormais! la route est plate dans cette vallée pendant une vingtaine de kilomètres, mais j'ai identifié sur mon GPS une côte assez courte (pas plus de 8kms) mais qui présente des pourcentages redoutables (au delà des 15%) je redoute ce passage avec mon braquet plateau pas assez souple de 50/38 et cassette 11/28. La route remonte progressivement, j'aborde les premiers kilomètres gros plateau, j'aperçois au loin Paolo qui suit le même parcours que moi. Je le rejoins, puis le double. La route est à flan de montagne et présente désormais une pente au delà des 10%, j'appuis de plus en plus fort, Paolo s'accroche dans ma roue, nous engageons un bras de fer dans cette pente qui continue à s’accentuer. 12% Paolo semble avoir perdu quelques mètres mais il revient, la chaleur est terrible avec cette roche que nous longeons, virage en épingle à gauche, Paolo est revenu 3 à 4 mètres derrière moi, il ne lâche rien! Moi non plus! Je sens que j'emmène un braquet bien trop gros, mais j'ai de la force et la pente augmente à nouveau, 15% c'est une bataille à 8kmh qui se joue entre nous, arque bouté sur nos machines les 18% qui se présentent maintenant semblent jouer en ma faveur Paolo ralenti et ne parvient pas à suivre mon rythme, un coup d’œil et je m'aperçois qu'il a même posé pied à terre, cela me motive au plus haut point et quelques kilomètres plus loin la pente s'adoucie et la bascule se fait, je n'ai pas flanché mais j'ai laissé beaucoup de plumes dans la bataille, ce bras de fer à défaut d'être d'une utilité fondamentale dans une telle course, aura peut être eu pour effet de le faire douter et qui sait peut être ce dit il que je suis trop fort pour lui, cela aura peut être pour effet qu'il ne cherche pas à suivre mon rythme... Pourtant j'ai besoin de me rafraîchir, ma tête a bouillonné dans cette fournaise et juste avant de redescendre je fait un stop-it boisson fraîche dans une nouvelle station service.

Je traverse désormais le Tyrolle et rentre en Allemagne sans m'en rendre compte. Les paysages de sapins présentent maintenant un profil moins montagneux mais toujours vallonnée, tantôt un lac, tantôt un village, le folklore local est bien présent. Des femmes et des hommes en costume locaux, on les remarque bien avec leurs plumes sur leurs chapeaux, dans les villages un poteau enrubanné de blanc et de bleu surplombe toutes les maisons, je ne saurai pas ce que cela signifie, mais je dois avouer que j'apprécie au plus haut point ce paysage et ses décorations.

La route s'aplanie un peu en fin de journée, je suis en direction du check point 2 situé à Nuremberg, dans un camping. Plus de 330 kilomètres depuis Innsbruck, la distance est énorme mais je roule bien et surtout je ne suis absolument pas fatigué. Après une petite alerte de fringale en fin d'après midi que je ferais passer sommairement avec des boules chewing-gum récoltées dans un distributeur à pièces pour enfant. Je ferais une petite pause repas avant d'attaquer la nuit . Mon téléphone ne fonctionne toujours pas et cela m’inquiète car je n'ai pas contacté Amandine depuis un moment. Tout en roulant je le manipule et parviens à allumer l'écran grâce au bouton appareil photos qui lui n'est pas tactile, et je parviens à envoyer une vidéo à Amandine pour lui expliquer mon problème, je lui demande surtout de prévenir les organisateurs de mon problème de téléphone et lui précise que je vais devoir en racheter un nouveau dés que possible.

En début de soirée le ciel se charge et les éclairs à l'horizon ne présagent rien de bon, mais je continue, Nuremberg n'est plus qu'à une centaine de kilomètres! Je peux le faire!

Le vent se lève et l'orage éclate! Sous une pluie battante et dans le noir je progresse en hurlant face à la tempête qui n'aura pas ma peau! Deuxième bras de fer de la journée, face aux éléments cette fois-ci! N'ayant plus aucune visibilité sur mes concurrents, je sais à ce moment là qu'aucune personne censée n'avance encore sous ce déluge de pluie, de grêle et de vent. Face à la nuit, je suis entrain de prendre une avance considérable sur eux.

Enfin la pluie cesse j'ai gagné ce nouveau bras de fer, j'avance incroyablement bien, je suis physiquement dans une condition exceptionnelle cette été, et dire qu'il y a deux mois j'étais incapable de pédaler!

J'arrive à Nuremberg vers 1h30 cette nuit là, le camping servant de check point est une fois de plus clos pour la nuit, je fais une photo grâce au bouton photo de mon téléphone pour valider mon passage et décide de poser mon hamac en bordure du camping entre deux arbres à proximité d'un petit ruisseau. Je prends le temps cette nuit là de mettre en place la bâche de protection. Brossage de dents, toilette a l'éponge, vêtements secs et au dodo. Demain est un autre jour.


JOUR 3 La claque de la fièvre:

6h, le jour se lève sur ce troisième jour, la lumière traverse la forêt environnante, les rayons du soleil me laisse envisager une belle journée, j'ai relativement bien dormi, juste réveillé par un chien promené par son maître. L'humidité est bien présente, je r'enfile mes vêtements de vélo encore humide, un moment désagréable. Je sens que le fait de prendre le temps de faire ma toilette chaque soir, de me changer, de prendre soin de moi tout simplement, m'est bénéfique, aucun bobo aux fesses, ou ailleurs.

Il est temps de repartir, je pense avoir fait un bon break la veille sur mes concurrents, il ne serait pas judicieux de perdre cette avance bêtement. Mais la priorité ce matin là est de trouver un endroit où acheter un nouveau smartphone, c'est une chose que je pourrai faire dans Nuremberg, mais il est tôt et aucune boutique n'ouvrira avant 3 ou 4 heures et je ne peux pas rester là inactif à attendre, je décide donc de repartir.

Les jambes tournent bien en ce 3ème jour et très vite je quitte la périphérie de la ville par de longues artères commerciales, je les regarde en me disant devant chacune d'elle qu'un téléphone s'y trouverai surement .

Mon tracé est relativement plat et je quitte assez vite les routes principales pour m'enfoncer sur des routes secondaires, où les villes font place à des villages beaucoup plus charmants, mais dans lesquels la possibilité de trouver un smartphone à acheter me semble bien plus compliqué. Je croise bien de temps à autres des petites supérettes, mais alors que les heures d'ouvertures approchent, mes quelques tentatives s'avèrent infructueuses. Ma progression est bien ralentie, mais je dois trouver, il en va de ma continuité dans l'aventure. J'arrive dans une petite ville où se trouve plusieurs commerces vers 9h30, on m'y indique une petite boutique en centre ville. BINGO!! Mais celle-ci n'ouvre pas avant 10h00, je patienterai devant celle-ci, j'ai l'impression de perdre un temps fou!! A l'ouverture, je me rue sur le vendeur, qui me vend au final le smartphone premier prix qu'ils ont en stock, 100€, j'appelle Amandine, la rassure, y télécharge l'application de tracking de la course avec succès et y constate que mon concurrent le plus proche (Paolo) s’apprête à arriver à Nuremberg, lieu que j'ai quitté le matin même, j'ai à cette heure précise environ 90 kilomètres d'avance sur lui, à la fois rassuré mais déçu d'avoir perdu autant de temps avec cette histoire de téléphone.

L'aventure peu reprendre.

Le soleil brille haut dans le ciel, il fait une douceur agréable sans être suffocante, mon coup de pédale reste efficace, mais je marque un peu le pas, d'autant que je rentre en Bavière et qu'un parcours vallonné se présente à moi.

Mes premiers signes de faiblesse, je suis sans force, pensant a une légère fringale, je m’arrête dans une supérette, y achète boissons, fruits et glace, histoire de me refaire la cerise, Aucun effet en ce début d'après midi, plus je m'enfonce dans cette Bavière que j'évalue à coup de zoom et dézoome du profil sur mon gps, plus je perds en force et en efficacité. La tête me tourne.

J'attaque une ascension présentant un pourcentage de l'ordre des 8% dans laquelle je zigzague à l'agonie, j'ai le sentiment que je vais tomber dans les pommes tant les vertiges grandissent. Je parviens au sommet de cette côte de 4 à 5km au prix d'un effort sur humain et n'est d'autre choix que de faire une pause allongé dans l'herbe sur le bas coté. Pris de nausées et d'égreures d'estomac je me mets à vomir, pensant que cela aura au moins le mérite de me faire du bien. Mais les minutes passent et je commence à grelotter, là en plein soleil, j'ai même la sensation un instant de perdre connaissance.

La fièvre monte, je le sens, il faut absolument que je trouve un endroit où me reposer et me soigner. Il est 15h30, le parcours que j'ai tracé lors de la préparation de mon périple, présente devant moi une succession de montagnes russes, je suis incapable de faire le moindre effort! Je garde cette lucidité . Je dois me dérouté, il en va de ma santé et de ma survie, je suis au sommet d'un petit col à 800m d'altitude, je dois me laisser descendre jusqu'à la ville la plus proche. Je commence à analyser la topographie des environs sur le map de mon nouveau téléphone et distingue une vallée descendante sur une vingtaine de kilomètres, jusqu'à une ville qui semble suffisamment grande pour que j'y trouve de quoi me secourir. Chancelant, je remonte sur mon vélo et tourne à gauche là où j'aurai du continuer tout droit suivant mon plan initial. A ce moment là, il n'y a plus de courses, plus de Cap Nord, que ma survie. La fièvre est là, je grelotte, sans un seul coup de pédale je descends le long de cette vallée, sur une petite route secondaire. Une vingtaine de kilomètres plus loin je rentre dans cette ville que j'avais identifié sur ma map il est aux alentours de 16h30. Les derniers kilomètres sont un sacerdoce, en quête d'un hôtel, je rentre dans le premier que je trouve. Fébrile sur mes jambes, je m'affale sur le sofa de l'accueil, le gérant constatant ma détresse me propose à boire, Nos échanges sont simples je lui explique la situation, je vais droit au but, une chambre, je dois me reposer. Je rentre avec peine mon vélo dans l’établissement et il me conduit dans ma chambre. Une douche devrait me faire du bien, je reste de longues minutes assis prostré dans le mètre carré de cette douche qui coule chaudement sur mon corps tremblant, les vertiges ne passent pas, je me dis que c'est à l'hôpital que j'aurai du me rendre et pas dans un hôtel, je n'ai jamais été dans cet état, les dolipranes que je transporte depuis le début du parcours ne font rien. D'une faiblesse extrême je m'allonge dans mon lit gémissant. J'ai l'impression d'avoir dormi car quand je rouvre les yeux il est 18h30, je dois aller manger quelque chose, le sommeil ne m'a pas été bénéfique du tout, ajouté à cette état fiévreux et somnolent, se sont ajoutées des courbatures d'une extrême violence, je peine à descendre les marches des escaliers qui me ramènent au restaurant de l'hôtel, Tant mes muscles me font mal . Prenant appuie sur les murs, je titube de droite a gauche fébrile de mes pieds nus sur le sol. Chancelant je parviens à atteindre une table, où des clients de passage me regardent avec une incompréhension totale, ce sont visiblement des amis du patron, qui, de ce que j'en comprendrais leur explique le périple que moi même je lui ai expliqué à mon arrivé. Je commande à manger et à boire, une soupe garnie (apparemment la goulache soupe) de pleins de choses, et de grands verres d'eau. A table j'appelle amandine pour la prévenir de mon état, Ma voix embuée traduit de ma détresse.

La soupe m'est servie avec du pain, une bonne grosse soupe riche et garnie de plein de chose , dont je n'en aurais pas identifié la moitié. Les premières cuillères sont avalées avec peine, je n'arrive pas à manger, comme si mon estomac été verrouillé. En mangeant je décide d'appeler mes parents, je sais que je peu plus facilement me livrer avec eux sans voiles, (ne voulant pas inquiéter amandine, je minimise toujours les choses avec elle) ils comprennent à ma voix que je suis au bout du rouleau. Entre chaque phrase, une cuillère de soupe parvient à atteindre mon estomac et miraculeusement chacune d'entres elles semblent me sortir de ma torpeur, si bien qu'à la fin de la conversation, j'ai le sentiment que la somnolence m'a quitté, les frissons disparus, reste seulement une grande fatigue et ces courbatures énormes!

Je regagne ma chambre en confirmant au gérant mon petit déjeuné du lendemain. Ce qui veux dire que je ne partirai de toute manière pas avant 8h30 demain.

J'aviserai demain de la suite à donner à mon aventure, moi qui suis désormais loin de ma trace, comment la rejoindre?


JOUR 4 Doucement mais sûrement la rémission:

La nuit fut orageuse, mais j'ai dormi comme une masse, le jour se lève dans ma chambre. Ma première préoccupation est de voir où et comment je peux récupérer ma trace initiale, mêlant gps et téléphone, je constate le détour et la route qu'il faudra que je prenne pour récupérer mon parcours.

Deuxièmement, il faut que je me lève. Comment vont mes courbatures? Mes jambes sont fébriles mais rien à voir avec hier soir, mais mon estomac semble rester verrouiller avec une égreure douloureuse qui me pèse sur la poitrine. Je décide de descendre au petit déjeuné, réussissant à avaler quelques morceaux de pain avec de la confiture et un thé, je décide de repartir je suis venu pour aller au Cap Nord , j'irai au Cap Nord.

9h je suis prêt à repartir après un arrêt de quasiment 17h, je me refuse à regarder le tracker gps, moi qui il y a 24 heures jouais la gagne, toute illusion est sortie de ma tête, je n'aspire qu'à avancer tranquillement sans pression, d'ailleurs je décide en partant ce matin là de me fixer un rythme de croisière à 25 km/h maximum, moi qui dépassais les 30 km/h il y a quelques heures. Je dois à tout prix me ménager. Sur le vélo j'essaie de comprendre ce qu'il a bien pu m'arriver, l'évidence est que j'ai pris un chaud froid, radicale, entre chaleur suffocante et trombe de pluie glaciale, mon corps a fait une sorte de game-over.

Les kilomètres s'enchaînent doucement mais sûrement, en fin de matinée, je m'arête dans une pharmacie où j'achète du Maalox, pour mes égreures d'estomac qui ne passent pas. Je multiplie les arrêts ce jour là pour me ménager et manger le plus régulièrement possible.

Je récupère mon tracé en début d'après-midi, visiblement à la sortie de la Bavière, la route devient plus roulante et plus facile.

Je fus touché par une seconde crevaison sur ce périple et dut utiliser ma deuxième chambre à air, je n'avais plus droit à l'erreur, il fallait penser à acheter une autre chambre a air. Parvenant en fin de journée dans une petite ville, je décide de me restaurer d'un hamburger maison et de frites en terrasse d'un restaurant, le ciel menaçant de cette fin de journée, lâche quelques gouttes. Tout en mangeant je me décide enfin à regarder le tracker sur mon téléphone, histoire de faire le bilan. Comme je m'y attendais, je ne suis plus premier, Paolo est environ 70 kilomètres devant moi et un autre concurrent sorti de nulle part est une dizaine de kilomètres devant moi, un peu plus à l'est, je suis 3 ème, les 4 èmes et 5 èmes sont une vingtaine de kilomètres derrière moi. Pas si mal après 17 heures de pause et une journée en dilettante. Je me souviens qu'à ce moment là, je me suis dis que rien n'avait encore basculé défavorablement .Et en repartant ce soir là, après 20h je crois que j'appuya de nouveau un peu plus fort.

Roulant vers le nord en direction de Rostock où nous devions prendre un ferry pour rentrer au Danemark, je roula ce jour là jusqu’à 2h du matin, avant de me poser dans un bosquet en bord de route avec mon fidèle hamac.


JOUR 5 Force et partage, entre joie et doute:

Je repris la route très tôt ce matin là, bien avant que le jour ne fut levé, puisque je repartis vers 4h30 du matin. Pour moi il s'agissait là de prendre le ferry le plus tôt possible au départ de Rostock pour avoir le temps de traverser les 190 kms de Danemark ce jour là et rentrer en Suède le soir même.

Les égreures d'estomac restent présentes mais sont largement supportables et surtout elles ne m’empêchent pas de manger et de pédaler, bien au contraire, puisque ce matin là je vais rouler fort pour revenir sur Paolo. Ce que je vais faire vers 6 heure de matin. En effet, après avoir scruté mon tracker je m'aperçus que je revenais très fort sur lui, en l'espace de 2 heures j'avais comblé la vingtaine de kilomètres qui nous séparaient l'un de l'autre. Au moment de revenir physiquement sur lui, il nous restait 60 kms jusqu'à Rostock, j'avais deux choix: passer sans m'arrêter, juste un salut et peut être avoir un ferry d'avance. Étais je la pour ça? non, ou bien prendre le temps? Rouler avec lui jusqu'à Rostock. Dans ma tête il était premier de toute manière, je revenais sur le premier, chose inimaginable il y a 24 heures quand j'étais au plus mal. Je décide de l'accompagner et de partager un bon moment. D'autant que le gars intercalé entre nous hier à disparu du tracker et que visiblement pour moi il est derrière, vu la vitesse à laquelle j'ai roulé, et mon très court arrêt de la nuit, il ne peut mathématiquement pas être devant là encore...


Petit déjeuné avec paolo à 50km de rostock

Paolo a besoin d'un petit déjeuné, nous nous arrêtons ensemble dans une station service. Un agréable moment de partage, le temps de partager nos histoires depuis le départ.

Nous repartons ensemble, j'imprime un tempo soutenu, nos routes sont les mêmes, jusqu'à une intersection, où ma trace part sur la droite sur une route large et fréquentée, la sienne part en face sur une route beaucoup plus étroite et dans un état très mauvais. Je décide de le suivre, nous allons de toute manière au même endroit, mais les kilomètres agissent sur la route comme un bulldozer, au fur et à mesure que nous avançons, les routes se transforme en chemin et en bourbier. Il est confus et semble désolé, je lui propose d'essayé de récupérer ma trace, ce que nous réussissons à faire quelques kilomètres plus loin.

Nous regagnons une route large qui nous amène à Rostock, toujours sous un tempo endiablé frôlant régulièrement les 40 km/h. Nous atteignons le port en milieu de matinée, mais le bateau ne part pas avant 12h, il nous faudra attendre. Nous prenons nos tickets puis allons nous restaurer au restaurant du quai d'embarquement, très mal accueilli par la serveuse, nous échangeons notre indignation. Allumant le tracker nous nous apercevons que le fameux gars qui hier été 2 ème, qui ce nomme Eric Cupo, est déjà au Danemark, il a sûrement prit le ferry de 9h, Comment a t'il fait? je n'ai pas chaumé, il ne s'est sûrement pas arrêté dormir lui et a du foncé là on nous faisions du tourisme sur des petites routes de campagne. Ce doit être un sacré rouleur.

Après une traversé passé à dormir, qui dura 2 bonnes heures, nous débarquons au Danemark à Gedser. Il règne une agréable fraîcheur dans l'air sous un soleil bienveillant, à la sortie du bateau je rencontre une famille de voyageurs à vélo française, qui compte remonter le Danemark, nous racontons nos aventures respectives. Le vélo est un outil de rencontre et d'échanges incroyables.

A 14h30 il est l'heure pour Paolo et moi de nous séparer, persuadé que nous nous reverrons, nous nous souhaitons bonne chance. (ce sera la dernière fois que je croiserais Paolo durant l'aventure).

Le plat pays que je traverse semble être construit pour la pratique du vélo chaque route est bordé d'une bande cyclable. Un fort vent latéral s'amuse avec moi, tantôt légèrement favorable, tantôt légèrement de face, j'avance à près de 30 km/h de moyenne cette après midi là, si bien que j'arrive rapidement à Copenhague où les vélos sont plus nombreux que les voitures, pourtant la platitude rend interminable cette côte que je longe.

Je suis en contact avec Vincent et Solène un couple d'amis en vacance en Suède de l'autre coté de la mer que je compte traverser en fin de journée via le baque qui fait la traversé entre Elseneur et Elsingborg. Dans mon esprit je les verrai ce soir et passerai même la nuit avec eux, qui sont au camping. je m'accroche à ça en cette interminable après-midi, mais je comprendrai en fin de journée que ce ne sera pas le cas, car il sont beaucoup plus au sud, et n'ont pas prévu de remonter ce jour là. Je dois avouer que cela mina mon esprit. Allant jusqu'à tout simplement envisager de tout stopper maintenant, la fatigue pousse à de mauvaises pensées.

Je pris le baque et débarqua en Suède vers 21h00, il y a un baque toutes les 30 minutes qui effectue cette courte traversé. A mon arrivé dans la ville de Helsingborg, je reste une bonne demi heure dans le port a tenter de réfléchir à la suite à donner à cette journée: continuer, hôtel, bivouac...? dans ma tête pas de doute. Hôtel. Quand soudain je vois débarquer un cycliste du baque suivant, c'est Eric Cupo. Là je ne comprends pas... le matin même, il avait Minimum 3 h d'avance sur nous puisqu'il avait prit le bateau à Rostock au moins à 9h voir même avant (celui de 6h) il avait disparu des écrans des trackers toute la journée et au final, alors que j'ai eu le sentiment de me traîner toute l'après midi, je suis arrivé en Suède avant lui... Nous discutons brièvement, il m'explique qu'il a fait un détour par le centre du Danemark (ce doit être ça qui lui a fait perdre du temps), tout en s'allumant une cigarette... je suis stupéfait par ce que je vois, ce gars rivalise avec moi avec une clope au bec. Moi qui développe 410 watts de pma, m'entraîne comme un forcené, lui fume des clopes et me passe devant... OK OU KO!!

Ce soir là il n'en faut pas plus pour m'achever, je trouve à manger et je me cherche un hôtel. Après un bref passage dans une supérette, je me mets en quête d'un hôtel. Un premier, complet un deuxième idem, un troisième, puis un quatrième.... une grande fête se prépare dans la ville, et tout est complet... Il est 23h cela fait plus de 2h que je tourne en rond, je me rends à l'évidence, ce sera nuit outdoor, en mode bivouac. Je récupère le début de ma trace du lendemain, et je pars en direction de la sortie de la ville pour y trouver un lieu au calme pour la nuit, après quelques kilomètres, je m'installe dans une forêt. Ce soir je suis fatigué. Je monte un campement au petit oignons et demain je me réveille quand je me réveille. Je visse mes boules Quies dans mes oreilles et je m'endors comme une masse.


JOUR 6 Lève la tète et ouvre les yeux:

8 heures du matin!! Non de dieux, j'ai fais la grasse matinée!!! J'ai dormi comme un loir! Un temps fou de perdu mais qu'est ce que c'était bon. Bon là les deux compères sont loin, ce que me confirme le tracker, prés de 70 kms pour l'un( environ 3 heures d'avance) et 50 km pour l'autre... Paolo mène la dance. Pas envie de faire la course, je décide ce jour de rouler pour le plaisir, sans forcer (vitesse moyenne de la journée 23 km/h) en plus pas de gros gros dénivelé) . Le prochain CHECK POINT est à Stockholm ( distant environ de 700 kms) on verra quand on y arrivera.

Le ciel est menaçant et très vite après avoir replié mon campement la pluie se met à tomber avec force et vigueur. Qu'importe, je me couvre et je suis bien, là sans aucun effort j'avance au milieu des sapins, des panneaux annoncent le risque de passage de rennes, que je guette au moindre recoin, mais rien, je suis déçu... Il pleut mais je suis bien, léger sur les pédales, je me sens seul au monde, au milieu de ces étendues de forêts... Il s'agit là peut être de la meilleure journée depuis le départ, jamais je ne pose mes bras sur mes prolongateurs, je garde la tête haute le visage arrosé de cette pluie fraîche et légère, je crois que j'attendais ce moment où je roulerai ces pays nordiques, en arrivant en Suède ce fut le cas.

Vers midi je me posa dans un restaurant asiatique à l'entrée d'une ville moyenne. Dehors la pluie redouble et moi trempé, j'entrepris de me sécher avant de repartir. Je passa un long moment dans les toilettes du restaurant, où je m'enroula dans tu papier toilette histoire de ne pas avoir le sentiment de remettre mes vêtements mouillés. Je repartis mais cette sensation de sec ne dura pas longtemps. Les kilomètres défilèrent doucement, toujours bien arrosé. Pas une fois je ne regarda la progression des concurrents.


En milieu d'après midi, j'entendis des coups de klaxons, c'était Vincent et Solène qui étaient venus à ma rencontre, me faire un petit coucou quel joie!!! C'est le genre de rencontre qui font un bien fou, qui vous raccroche à votre vie traditionnelle. On repart boosté. Mais ce bref moment sous la pluie ne pu durer des heures et assez vite chacun reprit son chemin.

Je me souviens avoir roulé toute la journée sous la pluie sur des petites routes, sans grandes circulations. Le soir venu je commença à rencontrer des biches en bordure des clairières, en longeant des lacs. La nuit tomba tard ce soir là, (et oui je me rapproche du cercle polaire) et la pluie cessa, peu après une petite pause dans une station service ouverte après 23h. Dans les stations services, ils servent des saucisses dans une sorte de pain, c'est marrant les saucisses cuisent en roulant sur elle même, c'est assez typique.

Vers 1h du matin je commença à tomber de sommeil et alors que je commençais à entamer une grande ascension je m'écarta de la route et installa mon hamacs dans une humidité ambiante sans précédent. Par chance les vêtements que je me réserve pour la nuit restaient secs et agréables. Je pu m'endormir sans attendre.


JOUR 7 Objectif Ferry pour rester dans la course:

Réveillé vers 5h00 par le soleil qui traversait les arbres, je plias mon campement et regagna la route, qui continuait à monter. La route se transforma en chemin de terre quelques kilomètres plus loin, agréable moment que de rouler en pleine nature, au milieu des sapins et des lacs, alors que la fraîcheur matinale tranche avec la chaleur de mon corps dans l'effort. Ce matin là le gravel dura une bonne soixantaine de kilomètres. J'en sortis sur les coups de 9h, pour rejoindre une route principale.C'est à ce moment là que je pris la décision de faire un état des lieux de la situation de course, je pu constater que Eric était en tête suivi quelques kilomètres après par Paolo sur un axe différent, Tout deux distant de 150 à 180 kilomètres de moi (environ 7 à 8 heures devant moi), en direction de Stockholm. Je consulta les horaires de ferry, le prochain ferry était à 19h30, je disposais donc de moins de 10h30 pour réussir à avoir ce ferry et espérer rester dans la course, sinon, tout était fini pour moi du classement. 10h30 pour faire 300 kilomètres!! la mission est mathématiquement réalisable, j'ai déjà été plus rapide, mais à vide (sans sacoche) et sur une seule journée. là j'en suis au 7ème jour de course, j'ai près de 2800 kilomètres dans les jambes. Et je ne dispose d'aucune marge de pause pour me ravitailler. Franchement je ne pars pas confiant. Mais les jambes tournent bien et très vite j'arrive à atteindre ce rythme de croisière que je dois tenir de 30 km/h de moyenne, ma motivation prend le pas sur mon physique! Je fonce et accélère même jusqu'à rouler à plus de 30 km/h, je vole, survole les bosses courtes à l'injection, arrondi mon coup de pédales dans les faux plats, j'ai un allié de circonstance, un vent 3/4 dos et côté, je joue avec, je le dompte, les kilomètres défilent et les calculs de faisabilité se bousculent dans ma tête, tout devient possible. Mais je dois me ravitailler au risque d'être planter complet d'ici 1 heure sans carburant. Vers 14h je fais un arrêt de 5 minutes chrono dans une station service, un sandwich, une glace deux trois boissons et c'est reparti.

Je peux le faire! les heures s'égrainent au rythme des kilomètres, si bien qu'en fin d'après midi je dispose d'une marge de 30 minutes pour aller valider mon check point au magasin specialized de Stockholm. Mais c'est sans compter le vent qui vient à se liguer contre moi au moment d'un changement de cap où je me le prends en pleine face, je ne peux pas fléchir! Je sprint maintenant dans les côtes, c'est un combat contre la montre. Je n'ai pas le droit de me perdre dans la traversé de Stockholm, si bien que j'empreinte les grands axes au milieu de la circulation à plus de 40 km/h .

A 18h45 je parviens à atteindre le magasin specialized check point qui vient de fermer (nouveau cp où je trouve porte close), je fais une photo pour valider mon passage et je fonce au port, où j'arrive vers 19h! Je l'ai fait!! C'est incroyable, j'ai fait plus de 300 km en 10h après autant de jours de vélo c'est énorme!!

Je prends mon billet de ferry et je me dirige vers l’embarcadère. Là je vois Eric Cupo qui attend lui aussi le départ du ferry. Nous discutons un moment, il m'explique qu'il a une cabine privative avec plusieurs couchages, il m'en propose un, que j'accepte volontiers, il faut dire que la traversé dure près de 12 heures de nuit pour rejoindre Turku en Finlande. Nous embarquons, attachons les vélos et allons prendre possessions de nos quartiers, où une bonne douche nous attend. Après cela nous montons sur le pont restaurant pour manger. Nous nous racontons nos aventures. Eric m'avoue qu'il ne s'attendait pas à me voir ce soir avec l'écart qu'ils avaient mis lui et Paolo avec moi le matin même, je lui explique que je suis capable de rouler très fort, mais que la contrepartie c'est que j'ai besoin de me reposer. Il m'avoue que lui n'est pas capable de rouler aussi fort, (et pourtant il s'apprête à le faire dans moins de 24h ou bien ...) il me raconte ses rencontres avec des locaux, me raconte qu'il dispose de pleins de traces différentes et il change de trace selon ses envies... toujours la clope au bec. Nous parlons matos et tracker GPS, lui dispose d'un tracker spot personnel, il n'a pas besoin d'utiliser son téléphone pour le suivi... Intéressant son tracker est à pile, autonomie totale, pourquoi l'éteint t-il? Je ne comprends pas trop le résonnement mais j’acquiesce face à mon hôte pour la nuit. Comment peut il prendre le temps de faire des rencontres??? et comment passer d'une trace à l'autre, comment prévoir x routes???

Ces questions ne me hantent pas cette nuit là, car la nuit fut bruyante à cause de nos voisins de chambré, mais je dormis malgré tout comme il faut.


JOUR 8 Terre nordique, Jour sans nuit, et supercherie:

Le bateau arriva ce matin là vers 8h du matin dans le port de Turku en Finlande, Nous regroupons nos affaires et prenons la direction des garages pour retrouver nos montures. Nous rejoignons le quai et finissons de ranger nos affaires, je suis long, bien plus long qu'Eric qui est prêt à partir, il me salut et nous nous séparons. D'autant plus que je dois retourner sur le bateau, car j'ai oublié ma batterie auxiliaire que j'avais laissé a charger... grrr que de temps perdu!

Je jette un œil sur le tracker sur mon téléphone, Paolo qui a réussi la veille à prendre un bateau plus précoce, dispose d'une avance d'une soixantaine de kilomètres sur nous.

Vers 8h45 je quitte enfin le port. après une averse furtive. Mon vélo craque de partout, il n'a pas apprécié la pluie des derniers jours. J’espère que tout ça va tenir le coup. Mais ces craquements vont disparaître comme par magie d'ici quelques heures ...

A la sortie de la ville je croise le départ d'une course cycliste pour minime (à voir leurs âges), c'est marrant de voir ça... quelques kilomètres plus loin sur une route non revêtue je décide de m'arrêter pour assouvir un besoin naturel à l'abris d'une botte de paille. Me remettant en ordre de marche je vois débarquer Eric qui suit ma trace, je suis surpris de le voir là alors qu'il est parti une bonne demi heure avant moi à la sortie du bateau. Il me dit qu'il a regardé la course des minimes... Il est dans la courses mais se permet de faire du tourisme et la causette aux autochtones, ce gars doit marcher fort quand il pédale, ah mais non, selon lui non, il n'arrive pas à rouler aussi vite...

Nous nous saluons et je repars devant lui. Je roulerais toute la journée sur de grandes routes larges à l'allure de piste d’atterrissage, ce que je soupçonnerais d'être pour certaines d'entres elles... Au milieu des sapins, je roule en direction du nord, plus précisément en direction de Oulu, passant par Tampere, une ville située à une centaine de kilomètres de la côte bordant le golf de Botnie, en suivant cette trace je me garantie un vent plus faible que sur la côte et une trace intérieure en continue jusqu'à Oulu, revenir à la mer équivaudrai à un détour de plus de 150 kms.

Les lacs se succèdent dans ce pays et les paysages sont magnifiques de préservation, les jardins sont taillés et entretenus avec un soin prodigieux. En fin de journée je suis pris dans une averse, de laquelle je m'abrite en rentrant dans ce que j'apparenterais comme étant le dernier café ouvert pour la journée. Je fais des réserves pour la nuit, j'ai décidé de profiter de ce qui doit être ma première journée sans nuit totale, pour tenter une nuit blanche et ainsi rouler sans discontinuer, d'autant que je suis efficace aujourd'hui, j'entretiens une moyenne de l'ordre des 26 km/h, ce qui reste remarquable. Il est 19h au moment de quitter le café qui m'a abrité le temps de la pluie, un arrêt d'à peine 15 minutes, je décide de jeter un œil au tracker gps, Paolo reste à quelques encablures devant moi et Eric lui est sur la même route que moi mais encore à Tampere, soit 150 kilomètres derrière moi, pour moi s'en est fini pour lui, il ne me rattrapera pas cette nuit alors que j'ai décidé de ne pas dormir et de rouler toute la nuit... surtout si je lui ai mis 150 kms dans les dents...

Le temps fera son oeuvre.

Le soleil ne se couchera jamais réellement complètement ainsi vers 1h du matin la nuit la plus noire offre toujours un halo de lumière dans l'horizon. Je ne suis pas fatigué étonnamment et tiens le coup sans baisser de régime. Je peux atteindre Oulu dés le lendemain matin et surtout créer un vrai break face à mes concurrents.

Mais vers 4 heures du matin je serai rattrapé par le sommeil, alors que de plus en plus de clarté annonce l'arrivé d'un nouveau jour. Il ne fait pas très chaud mais je suis bien couvert et n'en souffre aucunement.

Je lutte face à ce sommeil, je lutte, je lutte, mais à un moment je n'en peux plus, je dois m’arrêter et c'est dans un abris bus en bois que je me m'allonge à même le sol pour une petite pause de 30 minutes. Mon esprit s'évade, je ferme les yeux et m'endors brièvement, mais impossible de m'arrêter plus longtemps, premièrement parce que je m'y refuse et deuxièmement par ce que je commence à me refroidir, je grelotte... je dois me réchauffer. Je repars.


JOUR 9 Enchaînement record et besoin de faire le point:

Je suis satisfait de ma progression, je suis désormais à moins de 100 kilomètres de Oulu, dernière ville bordant la mer de Botnie, et surtout après Oulu je prendrais la direction de Rovaniemi, situé à 260 kms de cette ville, Rovaniemi, qui matérialise également le cp 4.

Je sens la fatigue qui commence à être présente, mais j'avance, encore... Vers 7h du matin je décide de faire le point sur la course et voir où en est Paolo qui était encore devant moi il y a quelques heures. Bingo je suis passé devant lui, mais je ne le précède que d'une trentaine de kilomètres, ce qui ne me laisse aucune marge pour un repos. Je dézoome la carte du tracker pour visualiser les autres concurrents , et la c'est la stupeur!!! Eric qui était 150 km derrière moi la veille à 19h sur la même trace que moi (c'est à dire sur une trace continentale, longeant le bord de mer distant de 120kilomètre) est désormais légèrement devant moi sur une trace complètement en bord de mer, donc exposé à un fort vent de face .

Comment est ce possible ? Comment peut il avoir rattrapé les 150 kms d'avance que j'avais sur lui, alors que je ne me suis arrêté guère plus de 45 minutes sur toute la nuit, que lui a forcément suivi une trace plus longue que la mienne pour se retrouver en bord de mer, à ce niveau là , et qu'il a du subir un vent de face bien présent. Surtout que de son propre aveux, il n'est pas capable de rouler à la vitesse que je roule.

Je suis abattus, stupéfait,et je ne comprends pas . D'autant qu'il éteint régulièrement son tracker Gps, donc reste invisible pendant de longues heures. Mais voilà, il vient de le rallumer, je veux comprendre et zoom son point le plus possible sur la carte .Je comprends tout! En zoomant je constate qu'il a tourné un long moment autour d'une gare de train et que sa trace démarre de celle-ci.C'est une évidence, il prend le train , et ce n'est pas la première fois, j'en suis persuadé, ses remontées spectaculaires ont toutes une explication. J'en parle à Amandine qui fait le même constat que moi. Nous sommes révoltés! j'envoie un message salé à l'organisation pour leur intimer l'ordre de faire quelque chose pour le confondre. Ils me répondent qu'en effet ils trouvent louche son comportement, mais qu'ils n'ont aucunes preuves... Ils ne feront rien pour le disqualifier, mais désormais ils vont se concentrer sur nos trois point gps, Eric, Paolo et moi. Je suis détruis, abattus et démoralisé et alors que je comptais sur cette nuit blanche à rouler, pour faire la différence aucune différence n'a réellement été faite, à part sur Paolo.

J'approche de Oulu et me rapproche du bord de mer, comme je l'avais imaginé, le vent souffle fort de face sur le bord de mer et ajouté à cette état de fatigue, mon moral est au plus bas. Je n'avance pas.

Le soleil brille en ce début d'après midi, mais il fait froid avec ce vent . J'ai un grand besoin de m'arrêter. Je m'arrête dans un restaurant self service, il y règne une douceur bien agréable, étrangement je m'imagine l’atmosphère qu'il doit régner dans ce lieu en plein hiver alors que dehors la neige et la glace engourdissent la vie des habitants.

Après une trop longue pause, je repars, avec toujours une légère avance sur Paolo et Eric, ils doivent subir le vent et n'avance guère mieux que moi.

Je n'arrive pas à me résoudre à continuer en sachant que quelqu’un triche. Je suis sur le point d'abandonner la course. Et décide de m'arrêter à l'hôtel pour la nuit pour me reposer et faire le point. En consultant booking, je trouve un hôtel pas cher à quelques kilomètres de Oulu.

Vers 17h je m'arrête donc pour la nuit. Une bonne douche et je descends à la station service du coin pour aller manger. Je retourne dans ma chambre pour aller me coucher

La nuit portera conseil.

J'ai durant cette enchaînement effectué 633 kms en 26h de vélo et 32h au total.


JOUR 10 Objectif cap nord ,lève la tête et ouvre les yeux:

La nuit aura porté ses fruits, j'ai beaucoup réfléchi, il y a deux mois je n'aspirai qu'à une seule chose atteindre le Cap Nord, peu importe le temps que je mettrais pour y arriver. Il était hors de question que j'abandonne cet objectif en me perdant dans les mêmes aspirations qui m'avait fait abandonner la TCR l'an dernier. Cette quête de victoire coûte que coûte.

Puisque la course n'était plus équitable à mes yeux, je ne la ferais plus, je ne chercherais plus à rattraper qui que ce soit et n'aspirerais qu'à une chose voir le Cap Nord en prenant un maximum de plaisir.

De toute manière l'arrêt de plus d'une dizaine d'heures que je viens de faire m'as très certainement définitivement laissé sur le carreau. Au moment du départ, vers 8h je décide de jeter un œil sur le traker gps, tout le monde est présent, de toute manière les organisateurs ont été claire au prochain arrêt de l'application sur nos téléphones ou trackers, ce sera une disqualification. Paolo et Eric sont loin devant, il sont en approche de Rovaniemi, ils ont entre 150 et 200 kms d'avance sur moi. Peu importe je ne suis plus là pour ça.

Je traverse Oulu assez rapidement, sous un agréable soleil, le vent est tombé. Il faut compter 260 kilomètres pour atteindre Rovaniemi. Les routes deviennent sauvages et je découvre les premières étendues végétales typiques des grands pays nordique, la Toundra! De vastes étendues d'herbes hautes sans arbre. En rentrant sur ces routes, je quitte les grandes routes pour découvrir des routes en graviers, non revêtues, ce qui ajoute à l'aspect sauvage de tout ce paysage..


Et d'un seul coup au détour d'un virage je découvre un troupeau de rennes sauvages entrain de marcher sur le bord de la route. Ils ne semblent pas être plus effrayés que cela par ma présence et je m'arrête à quelques mètres d'eux pour les observer.

A partir de ce moment, leur présence va se multiplier et je ne cesserai pas d'en croiser jusqu'au Cap Nord.

Je vécu le reste de la journée avec légèreté, mais surtout en pédalant sans pression.

Je parvins à Rovaniemi vers 16h, mais il fallait encore sortir de la ville pour atteindre le célèbre village du père noël, qui marque le point de contrôle numéro 4. A mon arrivé vers 17h, comme à mon habitude le village vient de fermer, je pense une fois encore que je ne vais pas pouvoir valider mon passage de façon officiel. Mais cette fois-ci les organisateurs sont présent et il tamponne mon carnet de passage au check point.

Nous faisons quelques photos et vidéos et nous échangeons sur cette suspicion de triche, ils me confirment encore que eux aussi trouve cela louche mais n'ont aucune preuve, en effet les traces ne sont pas enregistré sur le système de suivi (never alone) qu'ils ont sélectionné.

Je reprends la route, la trace qui se présente à moi s'annonce longue, avec prêt de 300 kms sans aucun village annoncé jusqu'à Inari. Il ne faut surtout pas que j'oublie de me ravitailler avant de me lancer dans ce no mans land aussi vaste.

La soirée est d'autant plus claire que je progresse vers le nord. Mais ce soir là je décide de prendre le temps de me poser pour me reposer dans mon hamac, je donne ainsi rendez vous aux personnes qui suivent l'aventure sur notre page Ultra Bike Adventures vers 22h pour une vidéo live du montage de mon hamac.

A l'écart de la route, je m'installe sous les yeux de la caméra de mon téléphone pour ce qui sera mon avant dernière nuit de bivouac. Le fond de l'air est frais, il fait déjà 7 degrés, mais ce qui me dérange le plus ce sont les moustiques qui m'attaquent sans relâche, je referme le hamac au dessus de moi pour ne leur laisser aucunes portes d'entrées vers moi.


JOUR 11 Vengeance en Finlande ,et Bricolage d'urgence en Norvège:

Cette nuit là j'avais prévu de rester dormir jusqu'à 4 heures du matin dans mon hamac, mais le froid me saisi très très vite, grelottant dans mon sac de couchage, impossible de dormir plus longtemps! La température est négative! A la hâte et tout tremblant je replis mes affaires et constate qu'il fait -2 degrés à 2 heures du matin, je reprends la route. Je resterais transit de froid pendant de longues heures . Pensant ne rien trouver sur la route pour me ravitailler avant Inari, je suis surpris de trouver une station service ouverte vers 5h du matin. Ce lieu résonne un peu comme une providence, tant j'ai froid. J'y prends un grand thé, avec quelques gâteaux locaux. J'ai beaucoup de mal à me motiver à quitter ce lieu chauffé.

Une bande de jeunes finissant leur nuit de fête jouent sur une sorte de flipper, l'ambiance est particulière, je ne sais pas qui de eux ou moi fait le plus tache dans ce lieu.

J'en profite pour consulter le tracker GPS, ce que je n'ai pas fait depuis mon départ de Oulu la veille. Une consultation sans attente juste pour mesurer ma propre progression. Et la je suis surpris de voir que Paolo est environ 70 km devant moi, là où la veille il avait plus de 150 kms d'avance. Quand à Eric, il est lui une trentaine de kilomètres devant moi.

Contraint de laisser son tracker allumé bizarrement il ne fait plus aucune remontée spectaculaire.

Je crois que c'est ce qui me poussa à repartir braver le froid ce matin là, j'étais bien décidé à le rattraper à la pédale.

En sortant, j'abandonna ma bâche dans une poubelle, je ne devrai plus en avoir besoin et ce ne fut pas du luxe que de se débarrasser des 2 kg de surpoids qu'elle représentait.

Le soleil brilla ce matin là, ce qui fit doucement remonter la température.

La route se dressa un peu plus en ce début de matinée, je croisa même une station de ski, trahi uniquement par les remontés mécaniques qu'elle présente sur des étendues d'herbes légèrement jaunies.

Dés le milieu de la matinée je ne quitta pas des yeux le tracker, boosté de voir que je revenais fort sur Eric, mon point se rapprochant du sien très rapidement. Je n'allais pas tarder à le doubler levant mon regard au loin pour voir à quel moment je le verrais. Je dois avouer que durant toute cette attente je m'imagina le moment où je le dépasserai, entre colère et attente d'explications... mais au final je revins sur lui à l'avantage d'une côte comme le gps le prévoyait. Assis sur le bas coté à coté de son vélo, nous nous échangeons un regard furtif, sans que je baissa de régime, sans un mot, un regard de défi, et je m'éloigna.

Quelques kilomètres plus loin, je croisa un renne et son petit sur la route, surpris de me voir, ils se mirent à courir sur la route, nous voilà lancés dans une petite course eux et moi. Je me marre seul sur mon vélo.


ravitaillement à Inari

J'arrive sur Inari en début d'après midi, une douceur relative a remplacé la froideur matinale. A l'entrée dans la ville une supérette me permet un ravitaillement frugal, poulet et petites pommes de terre, que je mange assis sur un banc devant le magasin.

L'organisation m'attend et nous échangeons quelques banalités.

Après avoir mangé je reprends la route pour les 90 derniers kilomètres en Finlande, avant de passer la frontière en Norvège. Un panneau indique 343 kms pour le cap nord, cela représente encore un sacré morceau et pourtant le fait de voir un panneau, me rapproche de plus en plus. Mais la route est encore longue et je ne suis pas au bout de mes surprises.

Cette route qui me conduit à la frontière norvégienne est une succession de montagnes russes, présentant des pentes parfois au delà des 15%, mais bien que ces ascensions me pèsent dans les jambes, le plus gros du problème provient du faite que la majeur partie de la route est en travaux avec des passages pleins de grosses pierres. A mi-parcours de ce passage, je crève de la roue avant, je n'ai plus de chambres à air depuis ma dernière crevaison en Allemagne et je n'ai pas pris le temps d'en chercher une de remplacement. Il me reste malgrès tout les rustines. Je localise donc le trou et y pause une rustine.

Je repars dans ce chantier...

Malheureusement le passage avant la frontière est le plus terrible, la route est défoncé! Et je crève à nouveau! Prêt à réparer à nouveau je trouve un trou dans mon pneu, j'ai de quoi pallier à ce trou en mettant un bout de pneu, mais mon pneu présente plusieurs balafres et surtout ma chambre a explosé. Je suis coincé! Passant la frontière à pied après un petit kilomètre de marche. Je demande au douanier où je suis susceptible de trouver une nouvelle chambre à air et un pneu. On m'indique une supérette situé 500 m plus loin, de l'autre coté de la route. Je m'y rends, il est 17h30, mais je n'y trouverai rien. Le temps passe et je ne trouve pas de solution. La boutique ferme ses portes vers 18h30. Des jeunes qui s'amusent au alentours, se rapprochent alors que je suis assis sur un banc, ne sachant quoi faire. Je leur demande si ils n'ont pas un père, un frère ou autre qui ferai du vélo de route et serais susceptible d'avoir un vieux pneu et chambre à air. Je sens qu'il me cherche une solution mais rien ne vient. Après 2h d'arrêt je suis toujours coincé .Quand tout à coup je vois arriver deux cyclistes sur route, je n'aurai pas d'autre chance. Je cours vers eux en m'égosillant. Ils s'arrêtent, ouf, je leur explique en anglais mon problème, ils me passent une chambre à air, et me propose de les suivre pour que je puisse changer mon pneu, qu'ils ont en réserve chez eux. Je les suis donc pendant une quinzaine de kilomètres.

Grâce à cette rencontre je peux repartir, en direction de l'entrée du fjord qui me conduira jusqu'au Cap Nord. Mais avec tout ça j'en ai complètement oublié de me ravitailler et l'heure tardive (20h) me confronte à trouver porte close, sur tout ce que je croise.

Je dois pourtant continuer et attaque une longue ascension qui m'amène sur un lac, le paysage est magnifique, mais alors que je redescends la brume se fait plus dense et je commence à piquer du nez. Je vais devoir envisager une pause; Sur la gauche je longe une sorte de camping, je rentre dans le parc, il est vide, personne, pourtant il y a pleins de petit bungalow, devant l'un d'eux, comme si la providence continuait à me sourire, une couverture sur un matelas, sont adossés à la cabane. Silencieusement je les pose sur le sol et m'allonge dessus, recouvert entièrement par la couverture.

Et je m'endors pour la dernière nuit;


JOUR 12 Cap nord, terre promise , et consécration:

Je reprends la route en ce dernier matin vers 3h45 , il n'a pas fait du tout nuit, je sens que je me rapproche du point le plus au nord de l’Europe. Je suis malgré tout face à un problème qui risque de devenir compliqué. Je n'ai pas mangé depuis Inari hier en début d'après midi et vu l'heure je ne suis pas prêt de trouver quelque chose d'ouvert. Je dois continuer malgré tout.

Après quelques heures de route j'arrive sur les bords du fjord, vers 5h du matin, je traverse un village qui dort encore.

Sans eau ni nourriture, je sens que tout devient compliqué. Il faut que je trouve quelque chose! De l'eau coule le long de la falaise en goutte à goutte. Je place mon bidon sous ce léger filet d'eau et remplis mon bidon à moitié. J'ai de l'eau mais il faut que je mange. Continuant le long du fjord, j'arrive au bord d'un camping, un homme est entrain de se préparer à partir à la pêche, je m'approche de lui, et lui explique mon besoin de manger un truc. Il doit être au alentours des 6h30 du matin et il me ramène une canette de Coca avec des tartines de saumon. L'heure n'est pas tellement à ce genre de repas mais je dois avouer que cela me fait un bien fou, je reprends des couleurs. Je salut mon hôte et m'en vais en le remerciant. Le fjord est magnifique, je prends un pied fou à découvrir ces paysages splendides. Quelques kilomètres plus loin je découvre un tipi sur le bord de route, un panneau est posé à l'entrée, il est indiqué que l'entrée est autorisé, à l'intérieur une table et deux chaises, sur le côté une bouilloire pour faire chauffer de l'eau et une coupe avec thé, café et sucre. Il y est indiqué que le service est libre et gratuit, il n'y a personne. Je prends un thé avec un plaisir énorme.

En milieu de matinée j'arrive à Olderfjord, c'est un lieu dit de transit pour les bus assurant la navette entre Alta entre autre et le Cap Nord. Un restaurant accueille les voyageurs en transit, je profite de celui-ci pour prendre un vrai petit déjeuné et repartir avec un sandwich supplémentaire.

Assez vite j'arrive au niveau du tunnel du Cap Nord qui passe sous la mer. Je m'enfonce dans les profondeurs, le tunnel mesure 6,8 kilomètres, moitié descente/moitié montée. La pente est raide et je prends très vite de la vitesse, alors que je descends en ligne droite. Plus je descends plus il fait froid dans ce tunnel. Tout au fond la pente s'inverse, et j'attaque la remontée. C'est une ascension redoutable, je ne saurais pas quel est le pourcentage, faute de gps fonctionnel sous terre, mais la pente est tellement raide que mes vitesses sautent quand je force trop, je m’arque boute sur mon vélo, mais jamais je ne poserai pied à terre. Je vois le bout du tunnel et sa sortie.

En fin de matinée j'essuie une bonne pluie et je parviens à Honningsvag vers 13h . Dernière petite halte dans une supérette et j'attaque les 20 derniers kilomètres qui montent jusqu'au Cap Nord, par un enchaînement de côtes au pourcentage abrupte.

A quelques encablures de l'arrivée, l'organisation est présente pour immortaliser le moment.

J'évolue dans un brouillard dense qui bloquera malheureusement la magnifique vue qu'il doit y avoir sur les horizons environnants.

J'arrive enfin au centre du Cap Nord vers 15h. Tout le staff est là pour m’accueillir. Un français travaillant au centre du Cap Nord me conduit dans les locaux destinés au personnel, où j'ai la possibilité de prendre une douche. L'équipe m'attend pour quelques photos et une interview et je m'atèle déjà à trouver des chaussures à mettre à mes pieds. Malheureusement, je ne trouve rien d'autre que des chaussons avec des rennes dessus, soit ce sera ça.

Paolo est déjà reparti à ma grande déception, il doit prendre son avion dés le lendemain. Je décide de ne pas m'éterniser au Cap Nord et redescends jusqu'à Olderfjord en stop.

Le lendemain je croise Paolo à Alta, dans l'aéroport, un immense moment de partage..










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